Laitière de nuit

 

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3 ans d’allaitement : une histoire de lait

Notre fils va avoir 3 ans en mai et je l’allaite encore. Une hérésie pour certaines personnes, une chance pour d’autres. Pour nous, c’est seulement une pratique qui s’est installée et qui perdure parce que chacun y trouve son lot de réconfort. Retour en quelques points sur l’histoire de mon allaitement.

Un projet conscient ?

En amont, je n’avais pas vraiment réfléchi à la question. Je ne me suis pas vraiment renseignée non plus, ma mère a allaité (en moyenne 1 an) ses quatre enfants, dont moi, je voyais ça comme quelque chose de naturel qui viendrait avec le temps, ou pas. Avec la montée de lait quelques jours après l’accouchement et les douleurs qui s’en sont suivies, je pense toutefois que quelques lectures auraient été bienvenues.

Mais rapidement et dès la maternité, l’allaitement s’est vite imposé comme plus commode, plus adapté. Nul besoin de penser aux biberons, au matériel en cas de déplacement. Si bébé se mettait à pleurer par faim, il suffisait de lui présenter le sein. S’il pleurait par gêne ou agacement, le sein le calmait quasiment systématiquement. Financièrement et pour des raisons d’organisation, c’était tellement avantageux que je ne me suis pas posée la question de savoir s’il fallait arrêter et passer aux biberons, alors même qu’à partir du 8e mois je suis retournée travailler. C’était compliqué au début : il faut imaginer que je partais le matin tôt pour ne revenir qu’en fin de journée, les seins gorgés de lait. En effet je ne me voyais pas tirer mon lait, je trouvais ça trop contraignant et peu pratique. Erreur me direz-vous, mais finalement la lactation s’est peu à peu régulée, les tétées sont devenues de plus en plus espacées et nous avons trouvé notre rythme.

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Et l’alimentation ?

La diversification alimentaire est arrivée en même temps que ma reprise du travail et bébé a commencé par manger des purées pomme-banane-avocat pendant plusieurs mois la journée en plus des tétées matinales/nocturnes. Peu à peu de nouveaux fruits et légumes se sont ajoutés, jusqu’à ce que bébé mange quasiment comme nous. Pour information, nous mangeons un régime végétarien, sans viande ni poisson mais avec des œufs et du fromage (type feta au début pour bébé, mais pas avant ses deux ans). Aujourd’hui il a 18 dents et mange “normalement”. Il est en haut de la courbe de croissance niveau taille, et au milieu concernant son poids.

Mais pourquoi tu l’allaites encore ?!

Aujourd’hui, il tète par réconfort et non pour l’apport nutritionnel que ça représente. Le soir il réclame. La nuit il réclame, une à trois fois selon son humeur. Ce qui peut paraître très contraignant pour certains parents. Ce qui a un impact sur le sommeil. Mais à mon niveau, je me dis que je lui dois bien ça. Peut-être que je culpabilise de ne pas être là la journée et souvent fatiguée le soir, alors je lui offre encore ce moment qu’il aime et que j’apprécie encore pour créer du lien. C’est un moment affectif, d’échange et de retrouvaille qui fait du bien. J’ai l’impression que le jour où nous arrêterons, ce sera en accord l’un avec l’autre.

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Et le papa dans tout ça ?

Papa n’a pas donné le biberon à son bébé, c’est vrai. Mais il y a plein d’autres choses qu’un père peut faire avec son fils. C’est un peu spécial chez nous car il le garde depuis ma reprise d’activité. 2 ans et demi ensemble, ça crée des liens. Il a trouvé une place auprès de son fils via un rythme qu’ils choisissent tous les deux sans que je sois présente. Et puis autant dire qu’il a changé plus de couches que moi. C’est aussi lui qui s’est occupé de sa diversification alimentaire. L’allaitement, c’est un privilège qu’une mère offre à son enfant mais le père peut essayer de trouver une équivalence.

  • Aux mères qui doutent, qui ont peur du regard des autres, qui ne savent pas comment gérer les remarques désobligeantes (notamment à partir d’un an, car au-delà c’est souvent un exploit d’allaiter en France), j’ai envie de vous dire: faites-vous confiance. Ne vous justifiez pas, jamais. Si vous êtes à l’aise avec votre allaitement, avec votre enfant et que vous êtes heureuse de continuer à allaiter, c’est le principal. Dans plein de culture, dans d’autres pays, de tous temps, des femmes ont allaité leur enfant, plusieurs mois, plusieurs années. Alors si vous avez envie et que vous pouvez continuer, moquez-vous des reproches car elles ne vous apporteront rien, ni à vous ni à votre enfant.
Si vous avez des questions en rapport avec l’allaitement ou l’alimentation, n’hésitez pas !

Lait et Amour

Ce qui change

   Oui la naissance d’un enfant bouleverse le quotidien, questionne notre rapport au monde et aux autres, réoriente nos priorités, nous propulse dans la sphère des adultes responsables d’une autre personne que soi. Néanmoins, nous demeurons la personne que nous étions avant cette naissance. Avec nos qualités, nos défauts, notre impatience, nos peurs, nos envies, notre histoire. Peut-être même devenons-nous une sorte de version exacerbée de nous-même, avec ce nouvel instinct protecteur de (pro)créateur envers une progéniture qui nous semble si frêle et si unique à la fois. Alors non, tout ne change pas lorsque nous devenons père, mère, parents, mais indubitablement, certaines choses évoluent.

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Judy Drew, Love Of A Child

Ce qui change essentiellement, de façon presque palpable ? Le rapport au temps. Obtenir une heure à soi, c’est par exemple une victoire qui passe en un éclair. Lorsque mon conjoint emmène notre petit en promenade, j’ai à peine le temps de faire la moitié de ce que j’avais prévu de faire qu’ils reviennent. On nous répète qu’il “faut” trouver le temps (pour soi, de faire des choses, de voir des gens), et je suis d’accord, mais honnêtement lorsqu’il nous arrive d’avoir un moment de calme ou quand le dimanche arrive, nous n’avons qu’une envie : nous reposer. Regarder une série et faire une sieste. Se détendre, respirer. Oublier un instant seulement que notre bébé grandit de façon vertigineuse et que bientôt il sera un petit garçon.

Ensuite, la très grande majorité de nos amis n’a pas d’enfant. Alors comment faire pour que la conversation continue à être riche alors que nos quotidiens sont si différents et que fatalement, en tant que parents, nous en revenons souvent à parler couche et progrès de bébé ? Trouver des amis avec des enfants serait une bonne alternative mais il faudrait pour cela se rendre sociable et se faire violence. Car notre enfant ne va pas en crèche ni à l’école, lieux de rencontres inter-parentales. Non pas changer d’amis mais en chercher de nouveaux pour des moments parent(s)-enfant(s) qui pourraient être enrichissants.

Concernant les tâches ménagères attention grand sujet brûlant il a fallu établir des règles souterraines et opérer quelques changements. C’est somme toute assez simple : ce que je déteste faire, l’homme le fait, et inversement. Par exemple, il sort les poubelles, fait les courses, achète les couches et en ce moment comme je travaille, fait plus souvent la vaisselle. De mon côté je m’occupe des lessives, de trier les vêtements, du ménage (il lui arrive néanmoins de passer l’aspirateur), donne le bain à notre fils. L’homme garde bébé toute la semaine alors quand le week-end arrive, je me rends compte de l’intensité de travail et de concentration que cela demande. J’ai un peu honte de l’avouer mais mon travail me fatigue moins. C’est important de s’entendre sur ce sujet, sur qui fait quoi tout en ne figeant rien.

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Il est plus difficile de sortir. De sortir le soir n’en parlons pas (sauf si l’un de nous se “sacrifie”.) Certaines sorties sont à éviter avec un enfant en très bas âge : cinéma, musée, concert (sauf spécialisé jeunesse)… Depuis un peu plus de 14 mois, rien de tout ça. Alors nous faisons des choses “en famille” : parc, square, brocante, animations, institut suédois… Ça change mais c’est plutôt agréable. La liberté et la folie que nous avions il y a quelques mois se sont déplacées. Vers un ailleurs affectif. Vers une liberté d’aimer inconditionnellement sans avoir peur. Se sentir vivant et faire partie de la grande marche de l’Univers.

Naturellement, notre vie tourne autour de notre enfant, parce qu’il est petit, qu’il requiert toute notre attention, tout notre amour, presque tout notre temps. Oui c’est ennuyeux vue de l’extérieur et parfois il faut l’avouer, aussi un peu de l’intérieur. Mais ses petits yeux remplis d’amour et la vitesse à laquelle il grandit, irrémédiable course contre la montre, sont des instants précieux qui s’échappent aussi rapidement qu’ils ne se présentent. Car lui n’aura qu’une enfance et c’est à nous de la rendre la plus heureuse possible, c’est notre priorité, parfois au détriment de nos envies. Et oui peut-être que nous sommes devenus “chiants” mais aux yeux de qui et à quel degré ? Hier nous dansions et rigolions devant bébé qui, assis devant le canapé, souriait de nous voir nous donner en spectacle. Parfois on se marre bien quand même.

Et vous, c’était comment cette première année avec bébé ?